PAC, Mercosur, souveraineté alimentaire… Ce que pense vraiment Julien Denormandie

Julien Denormandie, ancien ministre de l’Agriculture, a accepté de se prêter au jeu de notre émission « Confessions Cornichons », un format à la fois piquant et sincère, où l’on questionne sans filtre les personnalités qui comptent pour le monde agricole. Pendant plus d’une heure, il revient sur son mandat, ses combats, ses regrets, et sa vision de l’avenir de l’agriculture française. Une séquence éclairante, pleine d’humour, d’engagement, et de franc-parler.

Julien Denormandie : un ministre connecté au terrain

Une popularité rare chez les agriculteurs

Dès le début de son mandat, Julien Denormandie a conquis une partie du monde agricole par sa connaissance fine des dossiers, sa disponibilité sur le terrain, et sa façon de « traiter les sujets jusqu’au bout ». Ingénieur agro, passé par AgroParisTech, il revendique un ancrage fort dans les territoires ruraux et une obsession : prendre le temps de comprendre avant d’agir.

« J’ai toujours essayé de mettre en avant la complexité du vivant dans les débats politiques. Et je ne l’ai jamais regretté. »

Julien Denormandie revient aussi sur l’état du ministère à son arrivée : peu d’experts sur l’eau, des chantiers abandonnés, et une attente immense de la part des agriculteurs. Il plaide pour une gestion politique qui conjugue temps court (gestion des crises) et temps long (transition agricole).

Les combats menés pendant son mandat

La PAC : trop lente, mais essentielle

Julien Denormandie assume la réforme de la PAC 2023-2027, notamment l’introduction des éco-régimes, mais déplore la lourdeur de la machine européenne.

Il aurait aimé aller plus loin dans la reconnaissance des pratiques vertueuses et la simplification administrative. Mais il rappelle que la France est l’un des seuls pays à avoir proposé un système hybride entre mesures agro-environnementales (MAEC) et aides de base.

L’enseignement agricole : un trésor national

C’est l’un de ses grands sujets de fierté. Il décrit l’enseignement agricole comme « un joyau trop méconnu » et se bat pour le valoriser auprès des jeunes, en témoigne l’organisation d’un championnat national de Farming Simulator pour créer du lien entre formation et agriculture de demain.

La souveraineté alimentaire : un objectif vital

« Il serait fou de déléguer notre alimentation à d’autres. »

Julien Denormandie alerte sur la perte d’autonomie de la France en matière alimentaire, avec une dépendance croissante au soja importé, aux produits transformés à bas coût, ou encore à certaines semences. Il appelle à une relocalisation de la production et à un soutien fort aux filères de proximité.

Mercosur, poulet brésilien et valeur de l’alimentation

Non à l’accord UE-Mercosur

Julien Denormandie défend avec force la mise en place de clauses miroirs pour empêcher l’importation de produits ne respectant pas les standards français et européens. Il dénonce un système commercial mondial fondé sur la compétitivité-coût, et appelle à passer à une compétitivité-valeur.

Il souligne également le lien entre alimentation, santé publique et environnement : « Si on mange mieux, on sera en meilleure santé. Et on polluera moins. »

Deux poids, deux mesures

Concernant l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, etc.), Julien Denormandie dénonce une hypocrisie :

« On ne peut pas demander des efforts énormes aux agriculteurs français… et importer de la viande produite sans aucune des règles imposées chez nous. »

Pour lui, cet accord menace à la fois la souveraineté alimentaire, l’élevage français, et l’environnement mondial. Il appelle à une cohérence européenne dans les choix politiques.

La guerre en Ukraine a rebattu les cartes

Julien Denormandie rappelle que la souveraineté alimentaire, souvent reléguée au second plan, est redevenue un sujet stratégique depuis la guerre en Ukraine.

« Un pays qui ne produit pas ce qu’il mange perd sa liberté. »

Il appelle à renforcer les filières locales, à relocaliser certaines productions, et à investir dans la compétitivité des exploitations françaises.

Pourquoi est-ce si long de réformer ?

Julien Denormandie reconnaît la lenteur du système. Entre les lourdeurs administratives, les arbitrages interministériels, les passages en Conseil d’État, à l’Assemblée puis au Sénat, la réalité politique freine les avancées.

Il plaide pour une simplification de la PAC, une meilleure coordination entre ministères (ex : l’eau entre Agriculture et Environnement), et plus de réalisme dans l’élaboration des règles.

Son livre : « Nourrir sans dévaster »

Julien Denormandie conclut cet échange en présentant son livre « Nourrir sans dévaster », co-écrit avec Erik Orsenna, comme un plaidoyer pour une agriculture de la nuance, réconciliant performance économique, protection de l’environnement et santé publique.

📚 Disponible ici : Nourrir sans dévaster

Un grand merci à Julien Denormandie

Dans cet épisode de Confessions Cornichons, Julien Denormandie livre un témoignage rare, à la fois politique et très personnel. On découvre un homme engagé, technique, stratège, mais aussi ancré dans les réalités des agriculteurs. Un échange à retrouver sur notre chaîne YouTube et en podcast.